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ICTjournal février 2019

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36 interview Ueli Maurer

36 interview Ueli Maurer «Les changements technologiques n’ont eu qu’un impact limité sur le marché du travail» Ueli Maurer a été élu Président de la Confédération pour l’année 2019. En tant que Chef du Département fédéral des finances, le zurichois est aussi en charge de la numérisation de l’administration fédérale. En entretien avec nos collègues de la Netzwoche, il revient sur les chantiers IT de son administration et sur les défis et opportunités de la Suisse en matière numérique, qu’il s’agisse d’emploi, de start-up, ou de blockchain. Interview: Marc Landis et Oliver Schneider. «Nous avons des problèmes de fond avec les projets à grande échelle parce que nous disposons de trop peu de personnel.» Ueli Maurer, DFF Qu’est-ce que la numérisation signifie pour vous au quotidien? Pas tant que ça pour moi personnellement, parce qu’elle ne m’affecte pas directement. Je suis tellement encadré par des spécialistes que je n’ai pour ainsi dire pas d’autres appareils à utiliser que la machine à café. Cela dit, je m’intéresse naturellement à la numérisation et je suis convaincu que nous devons relever ce défi. Où en sont les efforts de numérisation dans votre département? En premier lieu, nous nous efforçons d’associer l’ensemble de l’administration fédérale aux offices transversaux tels que l’Unité de pilotage informatique de la Confédération (UPIC) et l’Office fédéral de l’informatique et de la télécommunication (OFIT). Deuxièmement, la numérisation s’effectue par le biais de projets concrets. FISCAL-IT, le programme de renouvellement de l’informatique dans l’administration fiscale, a été achevé fin 2018. L’an dernier, nous avons démarré la numérisation de l’administration douanière avec le projet Dazit. Et nous préparons le remplacement de notre plateforme SAP dans le cadre du projet SU- PERB23. Nous avons ainsi la possibilité de développer des processus numériques dans toute l’administration fédérale. Nous aurons encore beaucoup à faire dans ce domaine. Qu’entendez-vous par là? Je l’ai dit: je ne signe ce projet que si on me montre qu’il nous permet d’économiser un millier de postes. 1000 emplois, cela ne représente que 3% de nos effectifs, mais certaines fonctions de l’administration fédérale s’y opposent bec et ongles. Je commence par les emplois parce que je veux nous forcer à repenser et à simplifier les processus. C’est le but de ce projet pour moi. En raison de problèmes informatiques, l’Administration fédérale des contributions avait des arriérés de plus de 1,8 milliard de francs. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans l’informatique de l’administration fédérale? Tout est désormais en ordre. Le remplacement des anciens systèmes informatiques a entraîné un certain retard. 1,8 milliard de francs, c’est beaucoup, mais ce n’est qu’environ 7% de toutes les créances. Au moment où ce chiffre a été dévoilé, les problèmes étaient déjà résolus. Quels étaient ces problèmes? FISCAL-IT englobe plus de 30 sous-projets. Lorsque vous les mettez en exploitation, vous ne disposez pas d’une puissance à 100% dès le départ. Les systèmes doivent être mis en place graduellement jusqu’à ce qu’ils soient opérationnels. Il est normal et il était prévisible qu’il y aurait un engorgement temporaire durant cette période. Nous sommes en train de changer la manière dont la TVA est traitée et, ici aussi, il faudra quelques semaines pour que le système supporte la totalité de la charge. N’y a-t-il pas un problème de fond dans l’informatique de l’administration fédérale? Nous avons des problèmes de fond avec les projets à grande échelle parce que nous disposons de trop peu de personnel. La limitation des effectifs nous empêche d’embaucher davantage de personnes. Nous devons donc beaucoup travailler avec des tiers, ce qui entraîne des dépendances. Nous allons continuer ces prochaines années à relever les défis du numérique avec un déficit de personnel, car nous ne pouvons pas nous développer partout où nous le devrions. Mais les problèmes de l’administration fédérale sont comparables à ceux d’autres grandes organisations. Tant en termes de défis de performance opérationnelle dans le domaine informatique que de gestion de projet. Février 2019 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

37 Si vous comparez votre département avec les ministères des finances d’autres pays en termes de numérisation, qui fait le meilleur travail? Il n’y a pas un seul État qui soit bon partout. Chacun a ses forces. Le Danemark, par exemple, a aujourd’hui les meilleurs processus. La Suède et la Norvège sont également très avancées. Je suis plus sceptique à l’égard de l’Estonie, qui est toujours citée en exemple. Dans l’ensemble, la Suisse se situe au milieu du peloton des États européens. Certains sont en retard, d’autres en avance. Pour nous, le système fédéraliste avec ses trois niveaux de gouvernement est un certain frein: nous avons davantage d’obstacles à surmonter que les États à gestion centralisée lorsqu’il s’agit de mise en œuvre. Vous placez la Suisse dans la zone médiane dans le domaine de la numérisation de son administration. En même temps, le pays se considère comme le numéro 1 de l’innovation et de la concurrence mondiale. Comment cela s’articule-t-il? Les pionniers de la cyberadministration ont également commis des erreurs. Cet été, nous avons travaillé avec les cantons à l’élaboration d’une stratégie de cyberadministration qui offre un bon point de départ pour une mise en œuvre. Nous savons où nous en sommes, quels sont nos objectifs et quelles sont nos priorités. Mais il y a aussi des problèmes pratiques. L’emblématique vote électronique est en attente. D’autres projets sont en revanche mieux lotis, comme eDéménagementCH. Je crois que nous allons rattraper notre retard. Qu’est-ce qui freine la Suisse? C’est toujours une question de point de vue. Nous avons l’avantage de disposer d’un système sur support papier efficace, rapide et sécurisé. Il est plus difficile de convaincre les gens de passer au numérique pour gagner en rapidité et en sécurité qu’en Estonie, par exemple, où ils sont partis de rien après la chute de l’Union soviétique. L’administration fédérale aura donc besoin de plus de temps. Mais quand il s’agit d’interfaces avec les entreprises, comme pour DaziT, nous sommes parmi les meilleurs. Cela montre que la cyberadministration va de l’avant là où la pression vient des entreprises. Elles se numérisent elles-mêmes et exigent la même chose de nous. En même temps, le secteur privé accuse le gouvernement fédéral de trop de réglementation et de lenteur. On dirait que vous ne pouvez pas plaire à tout le monde. Comment procédez-vous? Pour être honnête, nous avons commencé tardivement dans certains domaines. L’introduction de l’identité électronique, par exemple, a été relativement lente. C’est insatisfaisant, il faut simplement faire mieux maintenant. Cela nécessite un savoir-faire technologique et un bon réseau. Tous deux sont présents en Suisse, avec des relations directes et des échanges étroits. Ailleurs, les chemins sont compliqués et l’on rencontre rapidement des lacunes ou des erreurs lorsqu’on se penche sur la numérisation. L’automatisation du monde du travail et les robots sont deux thèmes majeurs de la numérisation. Que fait le Conseil fédéral pour que le travail perdu à un endroit soit recréé à un autre? L’influence du Conseil fédéral est probablement surestimée. Dans le cadre de l’initiative pour les travailleurs qualifiés, nous accordons des fonds supplémentaires pour créer des offres de formation continue à tous les niveaux. Nous en discutons également avec les milieux écono- «La cyberadministration va de l’avant là où la pression vient des entreprises.» Ueli Maurer, DFF www.ictjournal.ch © netzmedien ag Février 2019