Views
7 months ago

ICTjournal février 2019

  • Text
  • Banques
  • Native
  • Technologies
  • Faire
  • Suisses
  • Solutions
  • Netzmedien
  • Applications
  • Entreprises
  • Suisse

38 interview Ueli Maurer

38 interview Ueli Maurer « Il ne faut pas non plus dramatiser les changements. Le changement et la formation continue font partie de la vie professionnelle.» Ueli Maurer, DFF miques, les écoles et les cantons. Il est important que nous donnions aux gens la capacité de faire face aux nouvelles technologies et de participer au changement. En Suisse, nous vivons également le vieillissement de la population. Lorsque la génération des baby-boomers quittera le marché du travail ces prochaines années, les plus jeunes pourront prendre la relève. Vous ne voyez donc pas de problème pour la Suisse en matière de numérisation? C’est un problème qui peut être résolu. Bien sûr, il y en a toujours qui se perdent en chemin. Mais la volonté de faire face aux nouvelles technologies est grande, parce que nous les utilisons constamment dans notre vie quotidienne. Si nous offrons des possibilités d’apprentissage et développons des opportunités, nous relèverons ce défi. Il ne faut pas non plus dramatiser les changements. Le changement et la formation continue font partie de la vie professionnelle. Si nécessaire, nous devons y préparer mentalement les gens. Certaines professions pourraient disparaître complètement du fait de l’automatisation, par exemple dans la logistique ou le travail de bureau. Comment la Suisse devrait-elle réagir? L’apprentissage commercial était la voie privilégiée pendant des décennies. Le travail de bureau classique ne suffira plus à l’avenir. Il y aura également besoin de moins de personnel dans le commerce de détail. Les profils du secteur doivent s’adapter rapidement si des emplois disparaissent. A l’avenir, on emballera peut-être des colis pour le commerce en ligne au lieu de remplir des rayonnages. Le passé montre que les changements technologiques n’ont eu qu’un impact limité sur le marché du travail. Une chose est cependant claire: la Confédération ne peut pas créer un job pour tout le monde. Il y a un an, vous avez évoqué lors d’une interview une taxe spéciale pour les entreprises Internet. Pourquoi une telle taxe? Nous n’en voulons pas. Mais l’UE et l’OCDE cherchent à taxer les services numériques. Si cela se produit, la Suisse devra s’engager auprès de l’OCDE et concevoir sa taxe de manière à en tirer quelque chose. Il existe deux modèles: l’imposition de l’innovation sur le lieu de production ou l’imposition de la consommation là où l’entreprise commercialise ses produits. Les grands pays veulent taxer la consommation, mais nous devrions plutôt partir de l’innovation. Il faut pour cela une définition de ce qu’est un site de production numérique. La mise en œuvre est plus compliquée que beaucoup ne l’imaginent aujourd’hui. Il faudrait par exemple éviter la double imposition des revenus et des prestations. Ce qui est clair pour moi, c’est que, si nous introduisons une taxe numérique, nous devrons réduire les impôts ailleurs. L’État ne doit pas prélever davantage, sinon il a trop d’argent et en fait n’importe quoi. Quel cadre fiscal est nécessaire pour que les startup technologiques suisses puissent mieux démarrer en Suisse? La fiscalité n’est plus un problème pour les start-up. En collaboration avec les cantons, nous avons trouvé des solutions raisonnables. Le défi pour les jeunes entreprises, c’est le financement. Elles trouvent de l’argent en phase de démarrage, mais le financement est encore insuffisant pour la phase d’exploitation. Les banques ont souvent peur de mettre davantage de capital à disposition des jeunes entreprises pour leur permettre de se développer. Nous avons donc travaillé avec l’Association suisse des banquiers et la Finma à l’élaboration de règles pour l’octroi de prêts aux jeunes entreprises. Ces règles n’ont pas encore d’effet partout, mais les améliorations sont sur la bonne voie. Il y a des start-up dont les fondateurs sont si lourdement imposés qu’ils envisagent de s’installer à l’étranger. N’est-ce pas une aberration? Oui, mais cela dépend des cantons. Si on veut changer les lois, cela prendra des années. C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de fournir aux cantons des recommandations sur l’application du droit fiscal par le biais de lettres circulaires. Ce que vous décrivez ne devrait pas se produire lorsque les start-up et les autorités fiscales se parlent. Malheureusement, cela ne fonctionne pas encore aussi bien dans tous les cantons. « La fiscalité n’est plus un problème pour les start-up. Le défi pour les jeunes entreprises, c’est le financement.» Ueli Maurer, DFF Un an après le buzz autour du Bitcoin, l’industrie des crypto-monnaies est redevenue plus calme. Comment évaluez-vous la situation aujourd’hui? Il faut faire une distinction à ce sujet. Les crypto-monnaies étaient l’objet d’un énorme battage médiatique avec beaucoup de spéculation, quand bien même il n’y a pas de valeur réelle derrière. Une correction était prévisible. La blockchain est en revanche une technologie d’avenir. Je suis convaincu qu’elle éliminera des intermédiaires et créera plus de sécurité. Nous en sommes au début d’un développement dans lequel la Suisse ne saurait se laisser distancer. Faut-il une nouvelle loi pour réglementer ce secteur? Contrairement à d’autres pays, le Conseil fédéral ne veut pas d’une loi spéciale pour la blockchain. Nous proposons plutôt d’intégrer ces dispositions dans le code des obligations, le droit des sociétés ou la loi fédérale sur la poursuite Février 2019 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

interview Ueli Maurer 39 Pour Ueli Maurer, le processus des achats est un candidat idéal pour tester la blockchain au sein de l’administration fédérale. pour dettes et la faillite. Nous aimerions modifier un total de six lois. Cette voie sera un peu plus longue que si nous rédigions une loi spéciale, comme l’a fait le Liechtenstein, mais c’est une voie fiable et qui crée de la sécurité juridique. Nous sommes les premiers au monde à le faire. Quand le crypto-franc arrivera-t-il? Je ne crois pas que les crypto-monnaies deviendront un moyen de paiement généralisé dans un avenir proche. Chacun y va de sa propre monnaie, ça ne peut pas marcher. Les choses ne deviennent intéressantes que lorsque ces monnaies sont liées à une contrepartie réelle sous forme de jetons. Pour l’instant, il n’est cependant pas judicieux de compléter le franc suisse par une cryptomonnaie. Il est déjà possible aujourd’hui de payer en francs suisses par voie électronique. Y a-t-il des efforts pour utiliser la blockchain au sein de l’administration fédérale? Nous discutons de l’application de la blockchain, mais nous n’avons encore jamais utilisé cette technologie. Il serait par exemple concevable de calquer le processus des achats sur la blockchain. Nous allons démarrer les premiers essais à moyen terme. La question est toujours de savoir s’il vaut la peine de construire une solution blockchain. Il y a une certaine réticence dans l’administration à l’égard des nouvelles technologies. Il nous faudrait quelques étudiants qui rédigent un mémoire sur l’utilisation de la blockchain dans l’administration. Nous pourrions alors tester ces scénarios dans des domaines qui ne sont pas encore intégrés dans l’ensemble de l’administration. Les achats sont une bonne option, car ils impliquent une collaboration avec des entreprises privées. Les deux parties pourraient retirer des enseignements de l’expérience. La numérisation met les prestataires de services financiers suisses sous pression. Comment la Suisse peut-elle s’assurer que, dans dix ans, elle restera l’une des premières places financières du monde? J’aimerais bien le savoir moi aussi, car il ne fait aucun doute que le monde financier va changer. La gestion de fortune est l’activité la plus rentable en Suisse et le domaine reposera encore sur la confiance dans le futur. Cette activité est donc moins vulnérable aux nouvelles technologies et nos banques, avec leur réseau global, sont bien positionnées à cet égard. Le guichet bancaire du village va en revanche disparaître, car les paiements se feront probablement avec un téléphone portable. Les banques suisses doivent s’efforcer d’accompagner ce développement des paiements mobiles, même s’il existe des concurrents importants. Les banques doivent se concentrer sur leurs forces et les cultiver. Il y a beaucoup d’argent dans le monde – et il doit être investi et géré en toute sécurité. MENTIONS LÉGALES Le magazine suisse des technologies de l’information pour l’entreprise Editeur Netzmedien AG, Heinrichstrasse 235 CH-8005 Zürich Tél: +41 44 355 63 63 Publicité: pub@ictjournal.ch Rédaction: redaction@ictjournal.ch Communiqués de presse: redaction@ictjournal.ch E-mails personnels: prénom.nom@netzmedien.ch Directeur de publication: Heinrich Meyer Directeur des ventes: Davide Mariniello Account Manager Suisse romande: Supannika Chavanne Comptabilité/administration: Christina Frischknecht Administration: Alessia Schellenberg Responsable production, Art Director: Christian Vetterli Graphisme: Chiara Franchini Plateforme web: Julia Ostermann Rédaction Rodolphe Koller, rédacteur en chef Yannick Chavanne Charles Foucault-Dumas Marie-France Porres, corrections Abonnements Abonnement annuel: CHF 60.– (10 éditions par an) Plus d’informations et formulaire de commande: www.ictjournal.ch/abo Imprimerie Werner Druck & Medien AG, Basel ICTjournal Le magazine suisse des technologies de l’information pour l’entreprise Total tirage vendu: 2567 Ex. Total tirage diffusé: 2602 Ex. Tirage d’impression: 4000 Ex. Publication pour la Suisse alémanique Das Schweizer ICT-Magazin für Business-Entscheider Netzwoche Das Schweizer ICT-Magazin für Business-Entscheider Total tirage vendu: 5287 Ex. Tirage d’impression: 9000 Ex. Rédaction Marc Landis, rédacteur en chef Leslie Haeny Coen Kaat Joël Orizet Fabian Pöschl Oliver Schneider Marcel Urech © 2019 Netzmedien AG La reproduction ou la diffusion de tout ou partie d’articles, d’images ou de publicités est formellement interdite sauf autorisation expresse de l’éditeur. Notification des participations importantes au sens de l’art. 322 CP: ​ Best of Swiss Web GmbH www.ictjournal.ch © netzmedien ag Février 2019