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ICTjournal mai 2020

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22 distance au travail

22 distance au travail santé des employés Déployer des apps pour vérifier la santé des employés? Plusieurs apps mobiles arrivent sur le marché qui proposent d’évaluer quotidiennement la santé des collaborateurs tant pour les rassurer que pour faciliter la gestion des capacités. Evoluant sur un terrain sensible, ces outils ne sauraient être déployés à la légère. Rodolphe Koller L’application COPASS de Crédit Agricole. Répondez à quelques questions sur votre smartphone et l’app de votre entreprise vous dira s’il est préférable que vous restiez travailler à la maison… Incongrues il y a quelques mois, des applications mobiles de ce type pourraient bientôt être déployées par les organisations avec le double objectif de rassurer les collaborateurs que leurs collègues sont en bonne santé et d’éviter aux entreprises que leurs bureaux ne devinent des lieux de propagation. La banque française Crédit Agricole vient ainsi de dévoiler son application maison pour le retour au travail. Développée avec le prestataire IT Onepoint, l’application COPASS permet de sonder les employés sur leur santé. Sur la base des réponses, l’application délivre un QR code au collaborateur dont la couleur détermine le protocole à suivre défini par son entreprise: télétravail, horaire alterné, test de dépistage, etc. «COPASS sera un des outils pour contribuer à la reprise économique, il permet à une entreprise de piloter son organisation du travail, en tenant compte de la situation personnelle de chaque salarié afin d’améliorer sa sécurité sanitaire», explique Serge Magdeleine, Directeur de la transformation digitale et IT du groupe Crédit Agricole. En Suisse aussi… Quelques éditeurs de logiciels suisses comptent aussi exploiter ce nouveau créneau – que l’on espère temporaire. Spécialisée dans les applications pour la santé, et notamment les soins à domicile, l’entreprise vaudoise Medikal Link Services propose ainsi depuis mi-avril une solution logicielle «d’aide au déconfinement» pour entreprises. Le fournisseur a adapté sa plateforme web sécurisée pour permettre aux organisations de recueillir des informations sur l’état de santé de leurs employés. Chaque jour, le collaborateur répond à quelques questions sur son état clinique (basées sur les recommandations de l’OFSP) et, s’il ne montre aucun risque, il reçoit un «certificat de droit au travail» sur son smartphone. «L’application garantit la continuité des activités dès la fin du confinement, sécurise les employés lors de leur retour au travail et démontre la responsabilité des employeurs vis-à-vis de leur personnel», explique le fournisseur. Le même besoin a aussi donné des idées à la start-up alémanique Beekeeper. La jeune pousse à succès a étendu les fonctionnalités de son app collaborative pour aider les organisations et leurs employés «de terrain» face à la crise du COVID-19. Outre la diffusion rapide de conseils et autres notifications (directives sanitaires, changements d’horaires de travail), le kit de crise de Beekeeper propose des formulaires pour s’enquérir de la santé des collaborateurs. Et avec un certain succès, puisque la société enregistre depuis le début de la crise une augmentation spectaculaire de ses utilisateurs dans la santé (+85%), la logistique (+56%) ou la construction (+45%). Salesforce et PwC Du côté des grands éditeurs, on s’active aussi. Salesforce vient de dévoiler un éventail de fonctions spéciales COVID intégrées à sa solution Work.com pour les ressources humaines. L’offre étendue comprend notamment un outil pour orchestrer le retour des équipes dans les bureaux et surtout «Employee Wellness», une solution destinée à créer des enquêtes sur la santé des employés et d’exploiter ces données pour orienter les décisions sur le retour au travail. Enfin, pour compléter le tableau, citons le cabinet de conseil PwC, qui a développé en l’espace de quelques semaines la plateforme Check-in. La solution comporte deux volets: un système pour retracer les contacts entre collaborateurs à l’intérieur des bureaux et une app mobile pour recueillir des informations sur leur santé. Les données sur mai - juin 2020 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

distance au travail santé des employés 23 la santé et le département des collaborateurs doivent permettre aux organisations de remédier à des problèmes possibles de productivité, explique le cabinet IDC dans un rapport sur l’initiative. Protéger et/ou contrôler Avec d’autres mesures, toutes ces applications sont donc destinées à permettre un retour serein au travail. Elles visent tant à rassurer les employés sur leur santé et celles de leurs collègues, qu’à permettre à l’employeur de mieux organiser la reprise de l’activité. Ces applications ne fonctionneront cependant pas et auront même un impact négatif si les employés ont le sentiment d’être surveillés. Les organisations doivent donc se montrer transparentes sur leurs intentions (protection, monitoring des capacités, mesure de la productivité) et la manière dont elles exploiteront les informations partagées. Crédit Agricole recommande ainsi que l’utilisation de son app soit fondée sur un pacte de confiance entre l’employeur, les employés et les syndicats. Un terrain sensible Au-delà du ralliement des employés, ces applications évoluent sur un terrain risqué compte tenu de l’extrême sensibilité des données de santé. Avocat spécialisé dans la protection des données, Sylvain Métille relève plusieurs limites et problèmes dans ces outils, comme la légitimité et la proportionnalité des informations demandées par l’employeur au regard de son objectif. Le spécialiste se montre également dubitatif quant à l’anonymat des informations fournies. La solution de Medikal Link demande par exemple le numéro de téléphone du collaborateur, et l’app de PwC l’invite à renseigner son unité d’affaires et la zone urbaine la plus proche – ce qui dans certains cas permet d’identifier facilement l’employé concerné. Sylvain Métille exprime aussi sa réserve quant au libre consentement de l’employé, qui semble bien peu compatible avec le fait de devoir présenter son certificat de santé digital pour avoir le droit de travailler. «Vu les enjeux, la liberté du consentement est exclue. Il faut alors un intérêt privé ou public prépondérant, explique l’avocat. L’intérêt public semble difficilement envisageable puisque les mesures figurant dans les plans de protections devraient être suffisantes (sauf quelques cas très particuliers).» Discernement, transparence et participation On l’a compris, ces applications d’évaluation de la santé et de la capacité de travail ne sont pas à déployer à la légère. Pour les dirigeants et les responsables IT, la transparence et le discernement sont de mise, tout comme l’adhésion véritable des collaborateurs et la non-discrimination de ceux qui s’y refuseraient. Autant de choses pas évidentes à mettre en œuvre dans la situation de précipitation actuelle… A l’inverse et pour autant que l’organisation s’en donne le temps et les moyens, ces outils peuvent être l’occasion d’expérimenter un design plus ouvert où les collaborateurs co-conçoivent l’application qui leur est destinée. Une manière aussi de multiplier les regards et avis sur des questions éthiques. «La combinaison de différents styles de pensée et de perspectives conduit à une manière plus équilibrée et plus mesurée de décider s’il faut collecter des données, comment les utiliser et avec qui les partager», explique Clougherty Jones, analyste senior chez Gartner. Pour les dirigeants et les responsables IT, la transparence et la diligence sont de mise, tout comme l’adhésion des collaborateurs et la non-discrimination de ceux qui s’y refuseraient. LA TRIBUNE DU DPO Isabelle Dubois Experte en protection des données et ancienne Préposée à la protection des données et la transparence de l’Etat de Genève. adhocresolution.ch Bonnes – et moins bonnes – pratiques en télétravail Le télétravail a beaucoup d’avantages, plus de liberté, moins de places physiques de travail, plus de place dans les transports publics, moins de pollution, plus de temps, moins de perte de temps, etc., et la crise a démontré qu’il est possible, même dans des environnements qui ne l’envisageaient ou ne le souhaitaient pas. Mais s’il doit durer il doit être durable au sens socio-économique du terme. Notons que les droits et obligations des uns et des autres – les employeurs et les employé-es – ne changent pas au motif que le mode de travail change. Et c’est dans la mise en œuvre de ces droits et obligations qu’il faut être attentif. Le travailleur à droit au respect de sa sphère privée et de ses droits de la personnalité, au versement du salaire contre une prestation définie et un horaire respectueux des lois. L’employeur a le droit d’obtenir le rendement attendu, de donner des instructions et d’obtenir leur respect, il a droit à la diligence et à la fidélité des salarié-es. Ces droits se transforment en obligations comme par effet de miroir. Alors comment les mettre en œuvre, sachant que l’employeur est le garant de la santé et de la sécurité au travail de ses employées? En définissant par écrit le cadre dans lequel le télétravail s’inscrit. En choisissant des outils fiables, sûrs, respectueux des règles applicables aux données personnelles, qu’il s’agisse des outils de travail en eux-mêmes – plateformes d’échange, vidéoconférence, supports de données, ou des mesures de surveillance du rendement. En disant ce que l’on fait et en faisant ce que l’on dit. En gardant à l’esprit que certains outils gratuits ont un coût. En bannissant les logiciels expions. Dans le contexte du télétravail, le choix du CYOD plutôt que du BYOD, et l’élaboration d’un règlement interne respectueux des droits et obligations de chacune et chacun sont gages de réussite et de durabilité. www.ictjournal.ch © netzmedien ag mai - juin 2020