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ICTjournal mars 2019

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36 blockchain

36 blockchain traçabilité La traçabilité, killer app de la blockchain? La blockchain sous-tend une myriade d’applications visant à améliorer la traçabilité des produits. SAP, Ford, le WWF mais aussi Nestlé ont chacun des projets d’assainissement de supply chain grâce à cette technologie, qui ne résout pourtant pas tout... Charles Foucault-Dumas, Yannick Chavanne En se basant sur l’IBM Blockchain Platform, Nestlé envisage de faire appel à des codes QR pour la traçabilité des produits. La blockchain s’est trouvé un débouché honorable: la traçabilité. Ici, pas de spéculation ni de risque de blanchiment, les mécanismes du grand registre distribué servent à inscrire de façon indélébile et inviolable les épisodes de la vie d’un produit tout au long de la supply chain. Cela permet l’automatisation de la gestion de micro-échanges tels la production et la consommation de l’énergie à l’échelle locale de communautés d’autoconsommation ou l’assainissement de chaines d’approvisionnement souvent très longues et très complexes, notamment sur les produits sensibles pour le consommateur (filière bio, produits pour enfants) ou pour lesquels la contrefaçon est un problème majeur (luxe, pharma). Une tendance que viennent confirmer plusieurs annonces récentes. Des médicaments au cobalt, en passant par la pêche au thon SAP a dévoilé une solution basée sur la blockchain pour que les grossistes en médicaments puissent vérifier l’origine des produits qui leurs sont retournés par les hôpitaux et les pharmacies avant de les revendre. De son côté, Ford se base sur l’IBM Blockchain Platform pour s’assurer un approvisionnement éthique en cobalt (utilisée pour les batteries des véhicules électriques), depuis la mine industrielle de Huayou, en République démocratique du Congo (pays en proie à l’instabilité politique et au travail des enfants) jusqu’à une usine Ford aux Etats-Unis. En outre, WWF-Australia compte sur la blockchain pour lutter contre la pêche au thon illégale. Nestlé poursuit ses essais Nestlé aussi estime que la blockchain a le pouvoir de révolutionner la traçabilité des produits. Investi depuis 2017 au sein de l’initiative IBM Food Trust, aux côtés d’Unilever et des supermarchés Walmart, le géant de l’agroalimentaire basé à Vevey compte poursuivre de plus belle ses expérimentation. Relatant à l’agence de presse AWP les essais de Nestlé avec la technologie des registres distribués, le Monsieur blockchain de la firme, Benjamin Dubois, explique que les premiers tests au service de la traçabilité ont motivé une extension de l’opération. Cette fois en y intégrant d’autres fournisseurs mais aussi des consommateurs. Aucune date de déploiement en production n’est toutefois avancée. De nombreux problèmes subsistent Alors que les projets d’utilisation de la blockchain pour améliorer la traçabilité se multiplient, certains doutent du bien-fondé de l’exploitation de cette technologie à cette fin. A propos du cas de Ford mentionné plus haut, Forbes fait observer que «de nombreux problèmes subsistent, car un certain nombre de sites miniers informels devront être surveillés et des données précises devront être transmises à partir de régions éloignées, le tout à l’intérieur des frontières d’un pays sans loi.» Et la pierre d’achoppement est la même pour la blockchain face aux pêcheurs sur leurs bateaux, face aux pharmaciens dans leurs hôpitaux ou face à l’agriculteur qui dit élever des poulets bio: comment vérifier que l’information sur l’origine du produit initialement entrée par un humain dans la blockchain est juste? Comme nous l’écrivions déjà dans notre numéro de juin, ce passage du monde physique au digital constitue l’un des maillons faibles de la blockchain. Mars 2019 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

lockchain stratégie 37 A trop vouloir employer la blockchain on se casse la tête Avant de se lancer tête baissée dans un projet basé sur la blockchain, les entreprises auraient intérêt à appliquer le principe du rasoir d’Ockham, histoire de s’assurer que cette technologie se prête mieux à un cas d’usage qu’une solution plus conventionnelle. Yannick Chavanne N’a-t-on pas tendance à vouloir utiliser la blockchain un peu trop souvent pour des cas d’usage qui ne s’y prêtent pas? Technologie au top de la hype il y a encore deux ans, la blockchain a généré moult projets pilotes et d’importants investissements, pour au final très peu d’avancées concrètes. C’est l’avis d’analystes de McKinsey, qui, dans un article récent, font observer que de nombreux projets d’innovation semblent avoir expérimenté la blockchain uniquement pour le buzz qu’elle pouvait susciter. Avec le risque de faire fausse route, en cherchant coûte que coûte quel problème cette technologie en vogue pourrait bien pouvoir résoudre. Alors qu’il conviendrait plutôt de partir d’un problème déjà identifié et pour lequel la blockchain devrait être envisagée comme une solution possible parmi d’autres. Nécessité d’appliquer le principe du rasoir d’Ockham Les initiateurs de projets blockchain seraient dès lors bien inspirés d’appliquer le principe de raisonnement du rasoir d’Ockham, l’un des principes heuristiques fondamentaux en science et qui peut se résumer par la formule «les hypothèses suffisantes les plus simples doivent être préférées». «A moins qu’il n’y ait un problème ou un point faible valide, la blockchain ne sera probablement pas une solution pertinente», expliquent ainsi les analystes de McKinsey, avant de préciser que si la blockchain s’applique à un cas d’utilisation, elle doit n’être choisie que si elle se profile comme la solution disponible la plus évidente à mettre en place. «Les entreprises qui s’engagent à aller plus loin dans l’utilisation de la blockchain doivent adapter leurs schémas stratégiques, examiner honnêtement les avantages par rapport aux solutions plus conventionnelles.» La blockchain n’est pas nécessairement la meilleure solution Faute d’avoir appliqué le principe de parcimonie du rasoir d’Ockham, nombre de projets blockchain n’ont pas su dépasser le stade du proof-of-concept et très peu sont parvenus à boucler des tours de financement de série C. Par exemple, dans le domaine des applications financières, «A moins qu’il n’y ait un problème ou un point faible valide, la blockchain ne sera probablement pas une solution pertinente.» McKinsey les cas d’utilisation de services de paiement basés sur la blockchain ne sont pas nécessairement la meilleure solution, fait remarquer McKinsey: «Dans le domaine des paiements, il est logique de penser qu’un grand registre commun puisse remplacer le système actuel hautement intermédié. Cependant, la blockchain n’est pas la seule option. De nombreuses fintechs disruptent la chaîne de valeur.» Une technologie immature, énergivore et pas forcément fiable Manque de cas d’usage pertinents et émergence de technologies concurrentes ne sont pas les seuls freins au déploiement de solutions blockchain. Selon McKinsey, de nombreuses firmes estiment que la technologie est trop immature pour répondre à leurs exigences. Outre les maillons faibles de la blockchain que représentent les problèmes de validité des données qui y sont entrées (lire ci-contre) ou la pertinence du smartcontract qui la régit, il existe aussi des craintes en matière de sécurité. Certains spécialistes prédisent que les progrès de l’informatique quantique permettraient un jour de pirater les codes autorisant les transactions reposant sur une blockchain. Sans oublier la consommation énergétique par nature exponentielle de la technologie. www.ictjournal.ch © netzmedien ag Mars 2019