ICTjournal 02/2021

  • Suisse
  • Entreprises
  • Secteur
  • Netzmedien
  • Ainsi
  • Gestion
  • Technologies
  • Suisses
  • Doivent
  • Permet

14 IA & secteur public

14 IA & secteur public Image: Timon Studler / unsplash 02 / 2021 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

IA & secteur public 15 Des algorithmes dans les administrations publiques De manière plus ou moins visible, les administrations publiques se mettent à l’IA. Et les applications se développent aussi en Suisse, entre chatbots pour endiguer les demandes à l’assurance sociale, police prédictive, ou ajustement de la composition des établissements scolaires. Des usages variés aux enjeux importants. Rodolphe Koller Fin 2019, des chercheurs ont expérimenté un algorithme pour répartir les élèves dans les écoles de la ville de Zurich. L’objectif des spécialistes du Zentrum für Demokratie Aarau n’était nullement d’automatiser le travail des fonctionnaires de la ville, mais bien d’améliorer l’égalité des chances des écoliers. Sur la base de plusieurs facteurs (milieu social, itinéraire pour aller à l’école, etc.), leur algorithme détermine l’établissement scolaire dans lequel se rendront les enfants de tel ou tel quartier. L’outil permet ainsi d’éviter la ghettoïsation et d’atténuer les disparités dans la composition sociale des écoles de la ville. Le projet pilote zurichois n’est pas un cas isolé de système de prise de décision algorithmique utilisé dans une administration suisse. Les applications se multiplient dans la santé, les assurances sociales ou la police comme le montre une analyse d’AlgorithmWatch (page 18). Intérêt des administrations et des populations Si l’intérêt des administrations publiques pour ces technologies grandit, c’est que leur potentiel est au moins aussi important que dans le secteur privé. Plusieurs raisons l’expliquent. D’un côté, les administrations publiques sont le lieu d’activités cognitives parfois répétitives se prêtant bien à l’emploi d’algorithmes et elles sont sous pression de gagner en efficience. A cela s’ajoute que les gouvernements doivent prendre des décisions à fort impact dans un environnement complexe avec d’innombrables facteurs, pour lesquelles l’IA peut être d’un grand secours. De l’autre côté, les populations ne sont pas opposées à voir les administrations user d’algorithmes. Selon une étude du Center for the governance of change, un résident européen sur quatre serait même en faveur de laisser l’intelligence artificielle prendre des décisions importantes sur la conduite de son pays – ce qui peut aussi s’interpréter comme une défiance à l’égard des gouvernants1. Une autre étude signale que les populations du continent trouvent l’IA utile pour prédire des accidents de circulation (91%), leur santé (87%) ou leurs problèmes financiers2. Ils sont en revanche très perplexes quant à sa capacité de ressentir des émotions ou de rendre un verdict lors d’un procès. Ce cadre propice et cette disposition plutôt favorable des populations expliquent l’agenda IA de nombreux Etats. Selon une enquête de la Commission européenne incluant la Suisse, deux tiers des pays européens ont alloué des fonds à l’adoption de l’IA au sein de leur gouvernement3. Alors que les compétences du domaine font souvent défaut, de nombreux gouvernements développent des programmes de formation en IA pour leurs fonctionnaires, créent des unités chargées de stimuler l’emploi de ces technologies ou encore mettent en place des bacs à sable pour expérimenter ces technologies. Enfin, la plupart des Etats du continent se sont dotés d’une stratégie nationale en matière d’IA mettant parfois l’accent sur son usage dans le secteur public, parfois sur son impact sociétal, parfois sur son importance pour l’innovation et l’économie, comme c’est le cas de la stratégie Suisse dévoilée fin 2020 (page 17). Technologies, domaines d’applications, tâches gouvernementales L’IA est donc déjà présente dans le secteur public de nombreux pays, comme le montre la vaste étude menée par des chercheurs européens sur 230 initiatives IA , dont 12 en Suisse3. Il en ressort qu’un tiers des initiatives concernent les services publics en général, devant la santé, l’économie et le maintien de l’ordre. Côté technologies, les chatbots et autres assistants virtuels sont les systèmes intelligents les plus courants dans le secteur public (23%), avant l’analyse prédictive (16%), tandis que seulement 7% des projets recourent au machine learning. L’analyse la plus intéressante de l’étude propose de classer les déploiements IA en fonction de cinq types de tâches gouvernementales qu’ils aident à accomplir. Une bonne manière de distinguer les usages techniques dictés par l’efficience, d’usages plus disruptifs susceptibles de modifier profondément la gestion des affaires publiques: www.ictjournal.ch © netzmedien ag 02 / 2021