ICTjournal 05/2021

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20 confiance & numérique blockchain Les services en ligne jurassiens misent sur la blockchain Le Canton du Jura veut déployer une solution courant 2021 qui permettra de certifier le téléchargement d’un document et les informations qu’il contient au moyen de la blockchain. L’objectif est de renforcer la confiance des résidents et des entreprises dans la cyberadministration. Rodolphe Koller S’inspirant du modèle estonien, la solution constituera un élément central du système d’information du Canton du Jura. Après un projet pilote réussi, le Canton du Jura a décidé de déployer une solution basée sur la blockchain destinée à renforcer la confiance de la population et des entreprises dans les services en ligne de l’administration. A terme, la solution qui s’inspire du modèle estonien, constituera un élément central du système d’information de l’Etat et servira aussi à la traçabilité de transactions internes à l’administration. La solution qui sera mise en œuvre au cours du deuxième semestre 2021 s’appuie d’une part sur la blockchain KSI conçue et employée par l’Estonie, et d’autre part sur la technologie CERTUS développée par Sicpa, qui est partenaire du projet. Reçu digital de téléchargement Le système supporte deux mécanismes. Une première fonction d’horodatage permet de certifier du téléchargement d’un document dans le guichet virtuel du canton. Dès que le document est téléchargé, une empreinte numérique (hash) est envoyée au serveur blockchain local qui retourne une signature KSI horodatée. Enregistrée à côté du document téléchargé, cette signature fait office de reçu certifiant à la fois l’intégrité du document, la date exacte du téléchargement et l’émetteur de la signature. Le reçu pourrait typiquement servir à un résident souhaitant prouver qu’il a transmis sa déclaration d’impôt en ligne ou, dans le sens inverse, permettre à l’Etat de prouver qu’il a envoyé une sommation de déposer la déclaration. Le canton précise qu’une application (dont le code source est public) permet de vérifier l’intégrité des documents, avec l’aide de la signature KSI. Document certifié conforme L’autre mécanisme déployé par le canton permet d’attester des informations contenues dans un document et s’appuie sur le service en ligne CERTUS de Sicpa. Le système pourrait typiquement permettre à une gérance de vérifier qu’une attestation du Registre des poursuites est correcte. La solution fonctionne au moyen d’un QR-code apposé sur le document qui contient toutes les informations clés (par exemple la date et la solvabilité pour une attestation du Registre des poursuites). La personne ou l’organisation qui reçoit ce document sous format papier ou électronique peut scanner le code avec une app mobile pour lire les informations qu’il contient et vérifier qu’elles correspondent à ce qui figure sur le document. De plus, le QRcode étant à son tour sécurisé par un lien sur la blockchain KSI, l’utilisateur peut s’assurer que le code est bien valide et qui l’a émis. La Ville de Delémont. Image: Jeremy.toma/ CC BY-SA 4.0 Confidentialité, écologie, adoption Les deux mécanismes que le Canton du Jura s’apprête à déployer reposent sur l’infrastructure blockchain KSI. Le canton souligne que cette dernière repose sur une infrastructure existante et n’est pas basée sur des algorithmes de consensus de type «Proof of Work» gourmands en énergie. Côté confidentialité, les données à proprement parler ne quittent pas les serveurs du canton, la blockchain se bornant à stocker des empreintes digitales. Enfin, côté adoption, le canton prévoit d’organiser des ateliers sur la confiance numérique avec la HEG Arc qui permettront à la population de se familiariser avec les nouvelles technologies mises en œuvre. 05 / 2021 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

confiance & numérique baromètre 21 La pandémie érode la confiance dans les technologies La confiance dans les technologies et les sociétés qui les développent a perdu de sa superbe avec la pandémie, selon une étude d’Edelman. Avec la numérisation accélérée de ces derniers mois, des menaces sont devenues palpables, à commencer par celle de voir son emploi disparaître. Rodolphe Koller A bien des égards, le secteur technologique semble le grand gagnant de la crise pandémique. Des vidéoconférences aux apps de traçage, on n’a jamais autant déployé et recouru à des outils numériques pour travailler et vivre au quotidien. En même temps, l’explosion des usages fait aussi grandir les craintes qui accompagnent ces technologies. Résultat, les sociétés de la tech perdent de leur crédit, comme le montre l’édition 2021 du baromètre de la confiance d’Edelman basé sur une vaste enquête auprès de 33 000 adultes dans une trentaine de pays. Certes, la population sondée continue d’accorder davantage de confiance aux entreprises technologiques qu’à celles des autres branches, de la santé à l’industrie en passant par les banques. Mais ce sont les sociétés tech qui ont le plus perdu de crédit entre 2020 et 2021. Selon l’indice d’Edelman, la confiance dans ces entreprises a atteint son plus bas niveau historique dans 17 des pays sondés. Aux Etats-Unis, la tech est passée de la première à la neuvième place des branches auxquelles la population «a confiance qu’elle fait ce qui est juste». Davantage de méfiance envers l’intelligence artificielle, l’IoT et la 5G Cette baisse de confiance concerne également les soussecteurs technologiques abordés dans l’enquête d’Edelman. Entre 2020 et 2021, la confiance dans les entreprises actives dans l’intelligence artificielle, l’internet des objets, la 5G, et la réalité virtuelle a perdu des plumes, alors qu’elle avait augmenté de 2018 à 2020. La défiance à l’égard de ces sociétés est particulièrement importante en Europe et en Amérique du Nord, alors qu’elle l’est moins en Asie-Pacifique et en Amérique latine. Accélération de la numérisation, accélération des craintes Davantage que de créer de nouveaux dangers, la vague de numérisation de ces 18 derniers mois a sans doute rendu les risques plus palpables. Avec la réduction des horaires de travail et avec en parallèle le bond des achats en ligne, les caisses en self-service, les chatbots et tous les outils déployés pour des interactions à distance, sans contact, prises en charge ou automatisées à l’aide d’outils informatiques, la menace du numérique sur l’emploi est devenue tangible. Plus de la moitié de la population sondée par Edelman s’inquiète ainsi que la pandémie n’accélère le rythme auquel les entreprises remplacent les collaborateurs par des robots et de l’intelligence artificielle. Les cyberattaques suscitent la crainte La dépendance accrue aux moyens numériques tant pour le travail que pour la vie quotidienne a aussi rendu le cyberrisque plus concret. D’autant plus que les attaques, y compris contre des établissements de santé, se sont multipliées et ont gagné en visibilité. Un tiers de la population sondée par Edelman craint aujourd’hui des cyberattaques. Enfin, la pandémie a vu de nombreux pays recourir à des outils numériques pour surveiller et contenir la pandémie, à l’instar des apps de notification d’exposition, comme Swisscovid, et d’enregistrement dans les établissements publics, comme Socialpass. Le baromètre d’Edelman montre que, depuis le début de la pandémie, la disposition des populations à partager des informations personnelles de santé et de localisation avec les autorités pour contenir la progression du virus a reculé de 6 points. Le crédit et la responsabilité des employeurs Face à ces diverses craintes, l’entreprise s’affirme dans de nombreux pays comme la seule institution à laquelle la population accorde encore sa confiance. Contrairement aux gouvernements, aux médias et aux ONG, l’entreprise est jugée éthique et compétente, selon le baromètre d’Edelman. En fait, davantage encore que dans les entreprises en général, c’est dans leur employeur que les sondés ont le plus confiance. Et c’est aussi aux informations sur les sujets majeurs que leur donne leur employeur qu’ils se fient le plus, davantage même qu’aux informations livrées par les autorités et les médias. Corollaire de ce crédit, les entreprises et leurs dirigeants endossent une grande responsabilité, analysent les auteurs du baromètre. C’est à eux de prendre l’initiative sur les sujets qui inquiètent, qu’il s’agisse d’IA responsable, d’automatisation et de formation, ou encore de fiabilité dans les informations. Selon l’indice d’Edelman, la confiance dans les entreprises tech a atteint son plus bas niveau historique dans 17 des pays sondés. www.ictjournal.ch © netzmedien ag 05 / 2021