ICTjournal 05/2021

48 marketing digital

48 marketing digital e-commerce Boom de l’e-commerce suisse: l’heure est aux investissements La pandémie a bénéficié aux e-commerçants suisses, la croissance des ventes en ligne ayant triplé en 2020.Alors qu’ils s’attendent à voir la tendance persister, les détaillants prévoient d’investir notamment dans l’omnicanal et les outils d’exploitation de données. Yannick Chavanne «La question de la fidélisation de la clientèle est devenue si importante que l’on investit de plus en plus dans des modèles commerciaux qui la favorisent.» Image: Pickawood / Unsplash.com Francesco Vass, CEO de Ricardo On le sait, la pandémie de coronavirus a profité au commerce en ligne. Tout juste publiée, la première partie du Commerce Report Suisse 2021 proposée par la Fachhochschule Nordwestschweiz et Datatrans chiffre l’ampleur de ce phénomène dans notre pays. Où les ventes en ligne de biens de consommation ont augmenté de 25% en 2020, soit une croissance trois fois plus forte que les années précédentes. Ce changement de comportements des consommateurs a logiquement mis en difficulté les centres commerciaux. Une étude du Swiss Council of Shopping Places indique que l’an dernier, leurs ventes ont reculé de 5,8% (valeur absolue d’environ 1 milliard de francs). La part des ventes en ligne augmente Si le volume d’affaires des boutiques en ligne a bondi entre 2019 et 2020, c’est aussi le cas de la part qu’il représente par rapport au volume total du commerce de détail, selon des données de GfK Switzerland relayées par le rapport. C’est d’autant plus net sur le marché non alimentaire, où l’e-commerce a représenté près d’un achat sur cinq. Le segment de l’électronique domestique présente la pénétration en ligne la plus forte, avec une part de 48% en 2020 (contre 36% en 2019). A noter que l’ensemble des 29 détaillants sondés dans le Commerce Report Suisse 2021 estime que la part des ventes en ligne va continuer à augmenter au cours des cinq prochaines années, et même fortement selon la moitié d’entre eux. Les sites étrangers ont perdu des parts de marché Le rapport indique en outre que les sites étrangers n’ont pas profité de la pandémie pour augmenter leurs ventes en Suisse et ont donc perdu des parts de marché. De quoi étonner, puisque selon les classements régulièrement établis par le cabinet Carpathia, ce sont globalement les sites basés à l’étranger qui progressent le plus vite sur le marché de l’e-commerce en Suisse. «La Suisse a probablement été traitée en 2020 avec une priorité plus faible – la majorité du panel d’études attend bientôt un rattrapage des concurrents étrangers», précisent toutefois les auteurs du rapport. Optimiser les relations clients et l’exploitation des données Alors que les détaillants s’attendent à voir la croissance des achats en ligne persister, ils anticipent un boom des investissements dans le commerce électronique et dans les concepts de vente au détail transcanal. Notamment au niveau des stratégies omnicanal, ainsi qu’en matière d’automatisation des processus en amont et en aval des achats en ligne. Il s’agit en particulier d’optimiser les relations clients et l’exploitation des données. «La question de la fidélisation de la clientèle est devenue si importante que l’on investit de plus en plus dans des modèles commerciaux qui la favorisent», témoigne Francesco Vass, CEO de Ricardo, interrogé dans le cadre de l’étude. «Le champ d’action le plus important est celui des données, des données, des données! Vous devez être en mesure d’utiliser vos propres données de manière beaucoup plus efficace – pour vous adresser aux clients, pour faire des achats, pour proposer un assortiment différencié en ligne et dans les différents magasins», affirme de son côté Matthias Fröhlicher, cofondateur de Koala.ch. 05 / 2021 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

marketing digital blockchain 49 Ces horlogers suisses exploitent la blockchain Dubois & Fils a développé une solution blockchain pour offrir aux passionnés un jumeau numérique documentant le cycle de vie de leur montre. De son côté, Hublot va offrir des jetons non fongibles à 200 acheteurs de sa montre Big Bang. Rodolphe Koller L’horloger suisse Dubois & Fils s’est lancé dans un projet inédit: s’appuyer sur la technologie blockchain pour créer un nouveau type de relation entre les artisans horlogers, les montres et leurs propriétaires. Le projet est d’autant plus insolite que Dubois & Fils, fondée en 1785 au Locle, est l’une des plus anciennes marques suisses de montre. Le télescopage entre blockchain et tradition horlogère doit beaucoup à Thomas Steinemman qui a racheté la marque en 2010 et adopté depuis une stratégie à la fois innovante – augmentation des capitaux via le crowdfunding, montres en location – et tournée vers l’artisanat, avec la création de montres en édition limitée abritant des anciens mouvements. C’est justement ces anciens mouvements qui sont au cœur du projet blockchain de Dubois & Fils. La firme a en effet développé sa propre solution pour associer un jeton numérique (token) à chacun des milliers de mouvements historiques qu’elle compte dans ses stocks. En achetant ces tokens (une centaine de francs par mécanisme), les passionnés obtiennent un accès à des informations sur le mouvement stockées dans la blockchain. Les artisans horlogers vont en effet peu à peu documenter l’utilisation du mécanisme sur la blockchain, avec par exemple les ébauches du design de la montre à laquelle il se destine. L’idée est de faire participer les passionnés au processus de conception et de fabrication de la montre, explique le CEO Thomas Steinemann à ICTjournal. A cela s’ajoute que la vente des tokens permet à l’entreprise horlogère de récupérer une partie des capitaux immobilisés dans son stock de mouvements. Jumeau numérique A la fin du processus de fabrication, les détenteurs des mouvements virtuels pourront décider d’acquérir la montre finalisée en profitant d’un rabais, ou attendre qu’une autre personne l’achète et récupérer la valeur de leur token avec une plus-value. Dubois & Fils prévoit aussi de créer un nouveau token associé cette fois à la montre finalisée et dont profitera son propriétaire. Le token héritera des informations existantes associées au mouvement et à la conception de la montre, que le propriétaire pourra compléter via une interface dédiée. Thomas Steinemann, CEO de Dubois et Fils. D’horloger à fournisseur de solution crypto L’ensemble du processus élaboré par Dubois & Fils repose sur la blockchain et des contrats intelligents. Profitant du soutien de la Banque cantonale de Bâle-Campagne, la firme horlogère a créé la société SwissValueChain pour développer la solution logicielle. Cette dernière repose sur des technologies open source tandis que les données de la blockchain sont stockées en Suisse. Thomas Steinmann, ne s’en cache pas, il espère convaincre d’autres entreprises d’utiliser la solution de SwissValueChain. Le CEO confirme à ICTjournal qu’il a déjà reçu quelques demandes de la part d’entreprises d’autres secteurs. Il compte aussi exploiter la solution pour tokeniser les parts des actionnaires qui ont soutenu la société lors de sa campagne de crowdfunding… Jetons non fongibles chez Hublot Le potentiel de la blockchain dans la relation client intéresse également un autre horloger: Hublot. La firme a annoncé début mai qu’elle va remettre un jeton non fongible (NFT, non-fungible token) aux 200 premiers acheteurs de sa montre connectée Big Bang lancée à l’occasion de l’Euro de football. Chaque token contient un extrait de l’un des épisodes d’un podcast de la marque, que les propriétaires pourront échanger sur des places de marché telles qu’OpenSea. Hublot a développé les jetons avec la société spécialisée ConsenSys. «L’idée est de faire participer les passionnés au processus de conception et de fabrication de la montre.» Thomas Steinemann, CEO de Dubois et Fils www.ictjournal.ch © netzmedien ag 05 / 2021