ICTjournal octobre - novembre 2020

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Image: Unsplash.com La crise booste la numérisation du secteur de la santé Avant la crise, la plupart des établissements de soins en Suisse faisaient de la transformation numérique leur priorité mais peu étaient en mesure de la mener à bien. La pandémie a changé la donne. Yannick Chavanne, René Jaun Tous les instituts de soins suisses interrogés par KPMG ont cité la complexité des environnements informatiques comme frein à la numérisation. La pandémie due au coronavirus accélère la transformation numérique du secteur de la santé en Suisse. C’est la principale conclusion d’une enquête en deux volets de KPMG, menée dans un premier temps en décembre 2019 auprès de 38 établissements de santé et prestataires de soins. Dans un second temps, en juin dernier, dix directeurs de ces mêmes organisations se sont exprimés sur les effets de la crise sanitaires sur leurs activités. Avant la survenue de la crise, plus de deux tiers des prestataires de soins considéraient déjà la transformation numérique comme l’une de leurs trois priorités stratégiques. Moteurs principaux de cette transformation: la santé des patients et l’amélioration de la communication avec les prestataires en amont et en aval. La plupart des établissements de santé comptent sur les technologies numériques essentiellement pour améliorer l’expérience et la satisfaction des patients, réduire les coûts, lutter contre la pénurie de main-d’œuvre et améliorer la satisfaction des collaborateurs. OBJECTIFS DE LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE POUR LE SECTEUR DE LA SANTÉ SUISSE Améliorer l’expérience et la satisfaction des patients Réduction des coûts 97% 94% Bien qu’ils fassent de la numérisation l’une de leur priorité, peu de prestataires et d’établissements de santé étaient réellement en mesure de la mener à bien en décembre dernier. Plus de la moitié des prestataires se disaient préparés à la numérisation de manière seulement «satisfaisante» ou «insuffisante». Tous les instituts de soins interrogés ont mentionné la complexité des environnements informatiques comme frein à la numérisation. Le manque de ressources et spécialistes IT étaient aussi fréquemment cités. La crise a changé la donne Pour beaucoup de prestataire de soins, la réticence face à des décisions radicale, ainsi que la défense des structures et processus existants constituaient également des obstacles importants. Mais ce n’est plus le cas depuis la survenue de la crise. Sept des dix directeurs interrogés estiment en effet qu’elle a engendré une mutation culturelle et ouvert la voie à des changements jugés impensables jusque-là. Notamment concernant la nécessité d’échanger virtuellement au sein de l’organisation mais aussi avec les patients. La plupart des CEO constatent en outre des prises de décision rapides pour accélérer la numérisation. Notamment pour la mise en œuvre accélérée de solutions de télémédecine. La crise a par exemple incité certains fournisseurs à s’intéresser à de nouvelles offres de soins numériques, dont la rééducation par vidéo ou de la physiothérapie dispensée via une application mobile. Lutter contre la pénurie de main-d’œuvre Améliorer la satisfaction des collaborateurs Source: KPMG, 2020 90% 90% Les investissements se focalisent sur les ERP Les établissements de santé estiment que la numérisation peut spécialement améliorer l’admission et l’attribution des patients. Les investissements se focalisent en priorité sur les ERP et en moindre mesure sur des solutions cloud. octobrenovembre 2020 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

santé 39 Médecins et hôpitaux ont leurs alternatives suisses à Whatsapp Image: Health Info Net rja/ych. La plateforme HIN (Health Info Net) – un portail de communication entre médecins, hôpitaux et laboratoires – propose désormais à ses utilisateurs une messagerie instantanée. Baptisée «HIN Talk», l’application fonctionne sur Android et iOS. Un client desktop et une version web sortiront ultérieurement. HIN Talk permet l’envoi de textos et de messages vocaux, l’échange de fichiers ainsi que les appels audio et vidéo. L’outil est «conforme à la protection des données et aux normes de sécurité suisses. Seuls les professionnels de la santé ont pour l’heure accès à HIN Talk. Il est toutefois prévu de la mettre également à la disposition des patients. HIN Talk a été développée par Virtual Network Consult (VNC). Cet éditeur basé à Zoug s’est spécialisé dans les applications open source se profilant comme des alternatives sécurisées aux produits des géants de la tech US. Des alternatives à l’alternative La solution de messagerie mobile de HIN débarque sur un marché déjà occupé. Notamment par l’application du fournisseur zurichois Qnnect Solutions, que le Réseau hospitalier neuchâtelois a terminé de déployer auprès de plus d’un millier de collaborateurs en début d’année. Disponible sur smartphones, tablettes et PC, l’application Qnnect propose un fil d’actualité façon Facebook, une messagerie instantanée type Whatsapp mais également une fonction quizz pour garder ses connaissances à jour de manière ludique. L’éditeur suisse Threema cible également ce créneau avec la version pour entreprise de sa messagerie sécurisée. Les soucis de privacy freinent l’adoption des apps d’assurance maladie jor/ych. Les préoccupations en matière de protection des données empêchent même une large adoption de certains services en Suisse et en Allemagne, indique une enquête de la Haute école spécialisée de Zurich (ZHAW). La moitié des personnes interrogées sont adeptes de services d’esanté, mais seulement s’ils apportent une valeur ajoutée. En revanche, l’autre moitié se montre indécise voire résolument critique. Ces derniers représentent près d’un tiers des assurés. Ils expliquent leur opposition par la crainte d’une collecte de leurs données de santé à leur détriment et s’inquiètent d’être exclus de certaines prestations. Ces craintes pénalisent l’adoption des apps fournies par les caisses-maladie, d’autant plus qu’il est possible de se rabattre sur des services semblables proposés par d’autres éditeurs. Entre 10 à 20% n’ont pas d’avis sur le service de santé numérique. Souvent car ils ignorent leur existence. «Près de la moitié des clients des assurances ne connaissent pas les services existants tels que les prestations de deuxième avis médical ou le scan des factures de santé via une application. C’est là que les assureurs doivent établir la confiance», commente Frank Hannich de l’Institut de Marketing Management de la ZHAW. Préférence pour les services numériques simples Les personnes interrogées privilégient les offres en ligne simples, indique la ZHAW, à l’image des portails en ligne ou des cartes d’assurances numériques. «Pour les caissesmaladie, la question est de savoir quels sont les services numériques qui génèrent la plus grande satisfaction du client en fonction du budget alloué, ou, en d’autres termes, quels sont les services les plus rentables en termes de satisfaction du client? Où les assureurs peuvent-ils créer des services complémentaires que les purs fournisseurs d’applications ne peuvent pas offrir», explique Jens Haarmann, professeur New Product et Healthcare Marketing à la ZHAW. Et de souligner que la crise pandémique est susceptible de renforcer la demande des assurés pour des prestations numériques. Ceci dit, seul un quart des sondés se dit prêt à payer pour de nouveaux services d’e-santé. L’étude de la ZHAW a été menée fin 2019. 569 assurés ont été sondés en Suisse. www.ictjournal.ch © netzmedien ag octobrenovembre 2020