ICTjournal septembre 2018

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30 énergie Les acteurs

30 énergie Les acteurs de l’énergie s’emparent de la blockchain Quatre acteurs valaisans d’un côté, PostFinance et Energie Wasser Bern (ewb) de l’autre. Deux initiatives distinctes mais un objectif identique: gérer localement les échanges entre producteurs et consommateurs d’énergie et inscrire ces transactions sur une blockchain. Charles Foucault-Dumas «Nous avons préféré une blockchain privée» Thomas Goetz, responsable adjoint de l’architecture informatique chez PostFinance La nouvelle loi fédérale sur l’énergie, entrée en vigueur au début de l’année, fait réagir les acteurs du secteur. Depuis mi-juin, la Romande Energie propose à ses clients de se regrouper pour consommer local et faire baisser leurs factures d’électricité. Dans la foulée, deux initiatives similaires, une valaisanne et une bernoise, ont été annoncées. La blockchain en plus. Dans le Valais un consortium regroupant Altis (nouvelle société regroupant Sogesa, Sedre SA, Gecal SA et SIB) et Energies Sion Région, soutenu par la Fondation The Ark et le eEnergyCenter, ambitionne de développer une solution informatique à même de gérer les transactions énergétiques entre les membres d’un micro-réseau (particuliers, commerçants, usines…), parmi lesquels certains produisent de l’électricité grâce à des panneaux solaires par exemple. Le eEnergyCenter, qui s’est donné pour mission d’utiliser le numérique pour accélérer la transition énergétique, ajoute que cette innovation permettra aussi les échanges «entre différentes communautés». Sécuriser les échanges «Chaque communauté dispose d’un seul et unique point de raccordement au réseau électrique standard et est considérée, aux yeux des distributeurs d’énergie, comme Les foyers dotés de panneaux solaires pourraient revendre l’énergie qu’elles ne consomment pas à leurs voisins. Source: João Silas on Unsplash un seul client final. Ces communautés peuvent ainsi, en cercle fermé, produire, consommer et échanger leurs énergies produites», complète son communiqué. Pour sécuriser le tout, les quatres acteurs comptent à terme (printemps 2019) inscrire ces échanges sur une blockchain, à l’instar de ce que propose la start-up tessinoise Hive Power. Les deux énergéticiens valaisans et leurs partenaires institutionnels espèrent d’ici là obtenir «des résultats intermédiaires concrets [...] pour cet automne» grâce à leurs sites pilotes au Châble et dans la région de Sion. Plus au Nord, PostFinance et Energie Wasser Bern (ewb) se sont associés avec l’objectif de créer eux aussi des réseaux énergétiques locaux grâce à la blockchain. A travers ce projet baptisé B4U (Blockchain for Utility), les deux acteurs veulent s’appuyer sur des compteurs intelligents qui inscriront dans une blockchain les production et consommation de chacun des particuliers et entreprises membres de ces regroupements. Dans le cadre de ce partenariat, l’organisme financier de la Poste Suisse prend en charge les aspects technologiques et de facturation et compte sur l’énergéticien bernois pour tout ce qui concerne les échanges d’électricité. Leur projet pilote devrait commencer à l’automne et durer jusqu’à la fin de l’année. Ethereum vs Hyperledger Fabric Interrogé par nos confrères de la Netzwoche, Thomas Goetz, responsable adjoint de l’architecture informatique chez PostFinance, explique que dans cette phase de test «la gestion de l’identité et le paiement ne sont pas gérés par la blockchain.» En cause: le fait que le Bitcoin ou l’Ether sont encore très peu utilisées par le grand public et l’extrême volatilité de ces cryptomonnaies. Le dirigeant justifie également le choix de la blockchain Hyperledger Fabric de la Linux Foundation et non d’Ethereum pour cette application: «Nous avons préféré une blockchain privée, qui peut être utilisée de manière flexible et qui offre une procédure de consensus efficace. [...] Hyperledger Fabric peut traiter des volumes de transactions importants. Dans notre projet, nous n’aurons pas de problème de mise à l’échelle.» Septembre 2018 www.ictjournal.ch © netzmedien ag

énergie interview 31 «La blockchain est un moyen non nécessaire aujourd’hui» Neuf mois après son inauguration à l’EPFL Innovation Park, Edgar Haldimann nous a ouvert les portes du Smart Lab de la Romande Energie qu’il dirige, pour un premier bilan de ce laboratoire. Son objectif? Valoriser les données énergétiques. Interview: Charles Foucault-Dumas Neuf mois après avoir lancé le Smart Lab, où en êtes-vous? Nous n’étions que deux au départ et sommes désormais neuf. A part moi qui suis à temps plein, tout le monde est à temps partiel, entre 60 et 90%. Certains effectuent, en parallèle, des missions en freelance. Ils se nourrissent de ce qu’il se passe à l’extérieur, c’est important pour l’ouverture d’esprit. Quelles sont leurs compétences? Chaque projet est attaqué sous trois angles: la désirabilité client, la faisabilité technique et la viabilité business. Les profils de l’équipe répondent à cette approche. Un tiers vient du monde de l’UX/UI, un tiers sort d’écoles de commerce et un tiers a des compétences tech (un data architect, un ingénieur software et un spécialiste en communication et IoT). La moyenne d’âge est de 32 ans. Nous sommes nés agiles: le lendemain d’un «go» sur un projet, nous sommes chez les potentiels clients puis enchaînons les «Design sprint» grâce auxquels nous produisons des prototypes minimalistes pour itérer au plus vite. Pour quels résultats concrets? Deux projets sont déjà en industrialisation. Microgrid est sorti du lab dès novembre dernier et a été lancé en début d’année. Il s’agit d’un réseau de quartier qui pilote localement la production (panneaux solaires) et la consommation énergétique des bâtiments alentour. Plusieurs dizaines de projets de construction en bénéficieront très bientôt. Le second, le Smart Living, se situe au niveau de l’habitat. Avec des partenaires technologiques, nous proposons aux acteurs de l’immobilier d’intégrer à leurs logements une box capable de piloter de façon dynamique l’environnement des habitants. Sur la base de données issues d’équipements connectés tels qu’un thermostat, des volets roulants ou une station météo, cette box pourra optimiser la consommation énergétique tout en maintenant la température souhaitée mais aussi fournir des services d’alerting sur le retour des enfants de l’école ou une inactivité prolongée chez une personne âgée par exemple. Edgar Haldimann, responsable du Smart Lab Romande Energie. Source: Romande Energie «Écrire «blockchain» dans un projet de gestion énergétique, c’est de la communication.» Edgar Haldimann, responsable du Smart Lab Romande Energie Et qu’avez-vous dans les cartons? Deux projets ont été mis en attente et six autres sont entre la création et la validation, dont deux devraient voir le jour dès cette année. Nous travaillons notamment avec le Laboratoire des systèmes électriques distribués sur une gestion dynamique du réseau intégrant les énergies renouvelables à grande échelle, grâce à des solutions de stockage. Nous avons aussi imaginé des sites de production d’énergie renouvelable communautaires, sortes de parcs publics solaires. Le challenge est ici de suivre qui consomme quoi. Enfin, nous regardons toutes ces données utilisées pour le moment uniquement dans certains verticaux métiers mais qui pourraient être aussi utiles pour améliorer le confort des usagers. Vos concurrents se sont emparés de la blockchain pour la gestion des micros-réseaux, pas vous? Nous avons étudié le sujet. Pour la gestion des réseaux locaux la blockchain est un moyen comme un autre de gérer la consommation/production d’énergie. Mais quand on regarde au-delà de l’effet de mode, c’est un moyen non nécessaire aujourd’hui. Écrire «blockchain» dans un projet de gestion énergétique, c’est de la communication. A l’échelle des prototypes en cours, les méthodes traditionnelles suffisent. Quand il faudra automatiser de gros volumes de transactions, la blockchain deviendra peut-être pertinente. Certains fournisseurs de solution parlent d’un intérêt à partir de 100 000 usagers. Nous continuerons donc de suivre de près les projets tels que Hive ou LO3 Energy, pour l’heure assez peu industrialisés. Et l’intelligence artificielle? Elle est d’un grand intérêt pour la prévision de consommation et pour l’optimisation des systèmes énergétique. Elle est notamment intégrée dans le domaine du Smart Living dans l’optique d’une optimisation permanente. Pour le reste, nous devons d’abord générer des sets de données pertinents. La généralisation des compteurs intelligents, dont au moins 80% des foyers devront être équipés d’ici à 2028, va nous y aider. Il faudra également que ces smart meters fassent remonter les informations de consommation tous les quarts d’heure plutôt qu’une fois par jour comme c’est le cas actuellement. www.ictjournal.ch © netzmedien ag Septembre 2018